Avril, une fête éclipse toutes les autres : Pâques ! Jésus est ressuscité et il ne meurt plus. C’est la fête de la nouvelle création ! On n’a pas trop l’habitude d’en parler, et pourtant… Le matin de la résurrection ressemble au premier matin du monde, lorsque Dieu a séparé les ténèbres pour que le jour puisse naître. Comme à l’aube des temps, Dieu nous crie : « Que la lumière soit ! », cette lumière divine qui déchire la noirceur de la nuit, comme la lumière du cierge pascal suivi des petites flammes fragiles que nous portons pour entrer dans la célébration la plus lumineuse de l’année. Le jour de Pâques est le premier jour de la création renouvelée. Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort, que le mal. La vérité est plus forte que le mensonge.

Au premier jour de cette création renouvelée, je pense particulièrement au chemin parcouru par les femmes ce matin-là. Elles portent les aromates. Elles savent que Jésus est mort, elles viennent lui rendre hommage. Survient alors l’inattendu : la pierre roulée, l’Ange qui leur annonce : « N’ayez pas peur, il est ressuscité ! » Cet événement change le cours de leur vie. De notre vie. Elles se rendaient au tombeau ? Elles repartent dans l’autre sens, en Galilée, annoncer la résurrection.

Il s’est écoulé pas mal de temps depuis ce jour. Le temps émousse la mémoire. Dans la traversée de l’histoire, on court toujours le risque de perdre la mémoire. L’événement de la résurrection de Jésus nous invite à revenir sur nos pas jusqu’à notre premier appel, jusqu’à la rencontre qui fut déterminante pour nous, pour le contempler avec l’espérance de la victoire certaine. Retourner à cette première rencontre, revivre ce moment, avec la conviction que le chemin n’a pas été parcouru en vain. C’était un chemin de croix, mais aussi de victoire.

Alors que la nuit chargée de lumière approche, je ne peux m’empêcher de penser à notre Église qui se trouve en ce temps devant une pierre scellée, qui parle de mort, de silences, de dissimulation, de défaites, qui obscurcit l’avenir. Mais cette nuit-là nous rappelle que tout n’est jamais fini, qu’il nous reste l’espérance, que la mort, la pierre scellée appellent à un matin nouveau, où le tombeau sera ouvert et vide. Chacun de nous, et nous tous ensemble, qui formons le corps du Christ, nous sommes invités à considérer notre histoire à la lumière de l’événement de Pâques. Il nous est demandé aujourd’hui de demander pardon. Il nous est demandé de réparer, de ressourcer notre espérance afin que la Résurrection du Christ devienne une réalité dans chacune de nos vies. Comme les femmes dans la clarté naissante de Pâques, rebroussons chemin, pour annoncer qu’un nouveau jour s’est levé, que nous ne pouvons plus revenir en arrière, comme avant. Mesurons la force de la résurrection de Jésus, capable de changer les choses de l’intérieur, de changer notre cœur, de changer notre Église. C’est là que se lève notre espérance !

P. Maurice Autané